DISPUTES9 septembre 2026
Ne sous-estimez pas le référé
Celui qui attend trop longtemps ne peut pas toujours encore saisir le juge des référés
Un litige de construction peut rapidement s’envenimer. Les travaux s’arrêtent, des paiements sont bloqués, une garantie bancaire risque d’être appelée ou une décision essentielle ne peut attendre l’issue d’une procédure ordinaire. Le référé apparaît alors comme une solution logique. Cette procédure n’est toutefois pas un frein d’urgence automatique. Celui qui souhaite y recourir doit agir immédiatement : une urgence créée par son propre comportement ou résultant de son inertie n’est pas admise.
L’urgence doit être démontrée
Le référé suppose une urgence concrète : un dommage ou une atteinte grave doit menacer et rendre nécessaire une décision immédiate. Cette urgence doit exister tant au moment de l’introduction de la demande qu’au moment où le juge statue. La mesure sollicitée elle-même doit également présenter un caractère urgent. Le juge examine à cet égard si une procédure ordinaire ou une autre procédure particulière peut encore offrir, en temps utile, un résultat utile, éventuellement grâce à des délais raccourcis ou à une mesure provisoire dans l’attente d’une décision définitive.
L’urgence ne peut pas être la conséquence du comportement ou de l’inaction du demandeur. Celui qui connaît un problème imminent mais n’agit pas immédiatement peut lui-même affaiblir son recours au référé. Même après le début de la préparation du dossier, il faut agir avec célérité : l’urgence doit subsister de manière continue jusqu’au prononcé de la décision.
Une mesure provisoire, pas une décision définitive
Une décision rendue en référé est provisoire et ne tranche pas définitivement le litige. Le juge peut apprécier le degré de vraisemblance des droits invoqués par les parties et ordonner des mesures temporaires afin de prévenir un dommage, de préserver une situation existante ou de permettre des investigations complémentaires. Il ne peut toutefois pas fixer définitivement les droits des parties : le juge appelé ultérieurement à statuer au fond doit encore pouvoir décider autrement.
Cette distinction est déterminante dans les litiges de construction. Une mesure typique en référé est la désignation d’un expert judiciaire afin de procéder rapidement à des constatations contradictoires. L’expert fixe l’état du chantier tout en permettant à toutes les parties concernées de formuler leurs observations. La preuve peut ainsi être préservée et les travaux peuvent, dès que les constatations nécessaires ont été effectuées, reprendre aussi rapidement que possible. La mesure sollicitée doit toujours être en lien avec le préjudice menaçant et rester urgente, provisoire et encore utile. Une demande visant à faire fixer définitivement la responsabilité, le paiement ou des droits contractuels, ou à revenir de manière irréversible sur un acte déjà accompli, dépasse en principe cette limite. Le juge procède également à une mise en balance des intérêts : les conséquences pour le demandeur en l’absence de mesure sont-elles plus graves que celles que subirait le défendeur si la mesure était ordonnée ?
La bonne procédure doit être choisie immédiatement
Le référé est normalement introduit par citation. Le délai de citation est en principe de deux jours et peut être abrégé par le président. Lorsqu’une partie est établie à l’étranger, les règles ordinaires de prolongation des délais restent applicables. Il faut également vérifier au préalable quelle juridiction est compétente. Ces délais très courts imposent au client d’identifier immédiatement les faits, les pièces et les parties concernées. La partie adverse peut encore déposer une défense écrite peu avant l’audience, de sorte que le dossier doit être préparé avec précision dès le départ et qu’il ne faut pas compter sur un report.
La stratégie procédurale reste importante après la décision. Selon la procédure suivie et la qualité de la partie concernée, des voies de recours spécifiques sont ouvertes contre une ordonnance de référé ou une ordonnance rendue sur requête unilatérale. Le référé ne remplace en outre pas nécessairement la procédure au fond. Celui qui a besoin d’une décision définitive concernant la responsabilité, le paiement ou des droits contractuels a intérêt à introduire cette procédure au fond en temps utile. Les délais de prescription et de déchéance doivent également être surveillés séparément. En principe, la sauvegarde de la créance suppose l’introduction en temps utile de l’action appropriée au fond ; le seul fait d’introduire une procédure en référé ne suffit pas nécessairement.
Urgence extrême : la requête unilatérale
Dans des circonstances exceptionnelles, le président peut ordonner une mesure sur requête unilatérale sans entendre préalablement l’autre partie. Une absolue nécessité doit alors être démontrée : une procédure contradictoire rendrait la mesure impossible ou dépourvue d’utilité. L’autre partie concernée peut ensuite contester l’ordonnance. Comme le juge n’entend initialement qu’une seule version des faits, la nécessité de la mesure, la mesure sollicitée et toutes les circonstances pertinentes doivent être exposées de manière particulièrement complète et rigoureuse.
Un conseil juridique rapide évite de perdre des options
Avant d’introduire une procédure en référé, vérifiez au minimum les points suivants :
- 01A-t-on agi immédiatement dès que la menace a été connue, de manière à ce que l’urgence ne résulte pas du propre comportement ou de l’inaction du demandeur ?
- 02La mesure sollicitée est-elle provisoire, suffisamment urgente et encore utile, sans trancher définitivement le fond du litige ?
- 03Le droit invoqué présente-t-il un degré de vraisemblance suffisant et la balance des intérêts plaide-t-elle en faveur de la mesure demandée ?
- 04La juridiction compétente, la procédure et le délai de citation ont-ils été correctement déterminés et le référé constitue-t-il réellement l’option la plus appropriée ?
- 05Toutes les parties concernées, les pièces probantes et les évolutions factuelles ont-elles été identifiées avant la citation ?
- 06Faut-il simultanément préparer ou introduire une procédure au fond et tous les délais de prescription et de déchéance ont-ils été vérifiés ?
Feyaerts Law assiste les entrepreneurs et les promoteurs lorsqu’un litige de construction exige une intervention rapide. Prenez immédiatement contact dès qu’un conflit menace de s’aggraver. Compte tenu de l’exigence d’urgence, même une perte de temps limitée peut réduire les chances de succès d’une procédure en référé ou rendre cette voie procédurale indisponible. Une analyse rapide permet de choisir la bonne procédure, de préserver les preuves et de solliciter en temps utile une mesure efficace.
Cette contribution reflète l’état du droit à la date de sa publication. Toute appréciation juridique reste dépendante des circonstances concrètes du dossier.
Pour toute question concrète, vous pouvez prendre contact avec Feyaerts Law.
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